NEWTON

But de l’Opération Newton, traverser les lignes américaines, passer au sud de la Loire et se déplacer vers les bases SAS déjà établies (Barker, Dickens, Moses), avec, comme objectifs, de les renforcer et continuer les opérations de harcèlement.
’Opération Newton est une mission motorisée de harcèlement stratégique menée par le 3e SAS (3e Régiment de Chasseurs Parachutistes français ou 3e BIA) durant la libération de la France.

1. Objectifs stratégiques
Alors que les forces alliées effectuent une percée fulgurante après le débarquement en Normandie, la 3e Armée américaine du général Patton progresse à grande vitesse vers l’Est de la France
. La mission principale de l’opération Newton est d’assurer la couverture du flanc sud de cette armée tout au long de sa progression
. Pour ce faire, les commandos français doivent traverser les lignes de front par la route afin d’apporter un soutien massif en armement et en mobilité aux autres missions SAS déjà actives sur le terrain (les bases Dickens, Moses, Harrod et Barker) pour harceler l’ennemi en repli.
2. Déploiement et structure de la force (les 5 Pelotons)
Après s’être entraînés au camp secret de Fairford en Angleterre, les hommes s’embarquent à Portsmouth le 19 août 1944
. Ils débarquent le 20 août 1944 à Courseulles-sur-Mer (Calvados) et s’engagent par la route à travers le territoire national
. La force de frappe de l’opération repose sur une colonne ultra-mobile de 57 parachutistes et 19 jeeps de combat lourdement armées (mitrailleuses Vickers, blindages de protection). Elle est divisée en cinq pelotons d’assaut :
Peloton Combaud (Roquebrune) : mené par Guillaume de Combaud-Roquebrune, Jean-Paul Pache et Charles Seither.
Peloton Sablet : dirigé par Gabriel Saltet de Sablet, avec El Costa Ahtar et Marcel Alpetraz.
Peloton Picard : sous les ordres de Charles Picard, Eugène Pérés et André Vincent.
Peloton Plowright : sous les ordres du lieutenant Plowright, avec notamment Rémi Dreyfus et Daniel Bussiger.
Peloton Valayer : dirigé par le sous-lieutenant Jean Valayer, avec Georges Charove et Jean Couget.

3. Répartition sur le terrain d’opérations
Pour accomplir leurs différentes missions de liaison et de harcèlement, les pelotons reçoivent des affectations géographiques bien distinctes :
Les pelotons Plowright et de Sablet foncent vers le secteur de la Vienne pour opérer la jonction avec la base Moses du capitaine Simon.
Les pelotons Roquebrune (Combaud) et Picard sont dirigés vers la Saône-et-Loire pour appuyer les missions Harrod et Barker.
Le peloton Valayer a pour instruction initiale de traverser la Loire pour rejoindre la base Dickens du capitaine Fournier.
Au cours de sa progression, le peloton est toutefois affecté au soutien d’une unité américaine dans la région de Troyes (Aube), menant des patrouilles de reconnaissance très poussées vers l’est en direction de Nancy.

4. Faits d’armes marquants et sacrifices
L’opération Newton est caractérisée par une série d’engagements féroces où une poignée de jeeps SAS a dû faire face à des colonnes allemandes entières en retraite.
L’embuscade de la forêt de Lusigny / Fontaines (27-29 août 1944) : Le 27 août, l’aspirant Jean Valayer part en jeep avec les parachutistes Jean Couget et Georges Charove pour récupérer une remorque de matériel abandonnée aux abords de la forêt de Lusigny (Aube).
Le groupe est surpris par un détachement allemand très supérieur en nombre.
Faisant preuve d’un calme et d’une audace exemplaires, les trois SAS ouvrent le feu et contraignent l’ennemi à reculer, réussissant à capturer huit prisonniers allemands avant de décrocher sains et saufs.
Pour cette action, Jean Couget recevra la Croix de Guerre avec étoile d’argent.
Malheureusement, le sous-lieutenant Jean Valayer et son camarade Marcel Fabert seront tués au combat plus tard au cours de la campagne.
Le sacrifice héroïque de Sennecey-le-Grand (4 septembre 1944) : C’est l’un des combats les plus mémorables de l’épopée SAS.
Le capitaine de Combaud-Roquebrune, opérant en Saône-et-Loire, repère un important convoi allemand fort de près de 3 000 hommes traversant le village de Sennecey-le-Grand. À la tête de seulement 12 hommes répartis sur 4 jeeps, Combaud-Roquebrune décide de charger à découvert. Le déluge de feu de leurs mitrailleuses Vickers sème un chaos indescriptible chez l’ennemi (qui aura besoin de plus de 30 médecins sur place pour traiter ses pertes). Toutefois, pris sous le feu croisé d’un ennemi submergeant, le peloton est décimé. Le capitaine de Combaud-Roquebrune et le lieutenant Christian Boissonnas (de la mission Barker) tombent héroïquement au combat
. Il n’y aura que 4 survivants parmi les assaillants. Leurs noms figurent aujourd’hui en lettres d’or sur le mémorial mondial de Sennecey-le-Grand
.
5. Bilan
L’Opération Newton se termine officiellement le 20 septembre 1944
. Grâce à l’extrême mobilité de leurs jeeps et à la bravoure de leurs équipages, les parachutistes du 3e SAS ont grandement contribué à sécuriser les arrières de la 3e Armée américaine, harcelant les lignes de communication de l’occupant et précipitant l’effondrement des colonnes allemandes du Sud-Ouest et du Centre de la France